Christianisme ancien

28 février 2012

BEUTLER J., CULPEPPER R.A., DETTWILER A., KAESTLI J.-D., KOESTER H., LEON-DUFOUR X., MARGUERAT D., POFFET J.-M., RINIKER Chr., ROULET Ph., RUEGG U., SEVRIN J.-M., VOUGA F., WEDER H., ZUMSTEIN J., La communauté johannique et son histoire. La trajectoire de l’évangile de Jean aux deux premiers siècles, Labor et Fides, coll. Le Monde de la Bible, 1990.

BLANCHETIERE François, Les premiers chrétiens étaient-ils missionnaires ? (30-135), Cerf, coll. Initiations, 2002.

BOWERSOCK Glen W., Rome et le martyre, Flammarion, coll. Champs, 2004.

BOYARIN Daniel, A Radical Jew. Paul and the Politics of Identity, University of California, 1994.

BURNET Régis, L’évangile de la trahison. Une biographie de Judas, Seuil, 2008.

CULLMANN Oscar, Le milieu johannique. Etude sur l’origine de l’évangile de Jean, Delachaux & Niestlé.

DODD Charles-Harold, Le fondateur du christianisme, Seuil, 1972.

GRILLMEIER Aloys, Le Christ dans la tradition chrétienne. De l’âge apostolique à Chalcédoine (451), Cerf, coll. Cogito Fidei, 1973.

HARNACK Adolf von, Marcion , l’évangile du Dieu étranger, Cerf, coll. Patrimoines christianisme, 2005.

HENGEL Martin, The Johannine Question, Trinity Press International, 1996.

MARGUERAT Daniel (éd.), Le déchirement. Juifs et chrétiens au premier siècle, Labor et Fides, 1996.

MIMOUNI Simon Claude & MARAVAL Pierre, Le christianisme, des origines à Constantin, PUF, coll. Nouvelle Clio, 2006.

MORESCHINI Claudio et NORELLI Enrico, Histoire de la littérature chrétienne ancienne grecque et latine. 1. De Paul à l’ère de Constantin, Labor et Fides, 2000.

NODET Etienne & TAYLOR Justin, Essai sur les origines du christianisme, Cerf, coll. Initiations bibliques, 1998.

SACHOT Maurice, L’invention du Christ. Genèse d’une religion, Odile Jacob, coll. Le champ médiologique, 1997.

STROUMSA Guy, Le rire du Christ. Essais sur le christianisme antique, Bayard, 2006.

THEISSEN Gerd, Histoire sociale du christianisme primitif. Jésus, Paul, Jean, Labor et Fides, 1996.

THEISSEN Gerd, La religion des premiers chrétiens, Cerf, coll. Initiations Bible et christianisme ancien, 2002.

THEISSEN Gerd, L’ombre du galiléen. Récit historique, Cerf, 2003.

VOUGA François, Les premiers pas du christianisme. Les écrits, les acteurs, les débats, Labor et Fides, coll. Le Monde de la Bible, 1997.

 

 

Gnosticisme – Manichéisme

28 février 2012

STROUMSA Guy Gedaliahu, Savoir et salut, Cerf, coll. Patrimoines, 1992.

Daniel BOYARIN, La partition du judaïsme et du christianisme (Trad. J. Rastoin, en coll. avec C. et M. Rastoin), Les Éditions du Cerf, coll. Patrimoines Judaïsme, Paris, 2011. (447 p.)

28 février 2012

L’ouvrage de Daniel Boyarin, professeur de culture talmudique aux départements d’Études du Proche-Orient et de rhétorique à l’université californienne de Berkeley aux États-Unis, pourrait fort bien faire date. Les livres et articles de ce chercheur innovant n’étaient, pour une grande part, publiés qu’en anglais ou en hébreu et très peu accessible au public strictement francophone. Deux titres ont cependant été publiés en France : Mourir pour Dieu. L’invention du martyre aux origines du judaïsme et du christianisme chez Bayard en 2004 (ouvrage aujourd’hui épuisé) et Pouvoirs de diaspora. Essai sur la pertinence de la culture juive aux éditions du Cerf en 2007. Mais d’autres ouvrages mériteraient bien de trouver le chemin de la traduction, comme son remarquable essai sur Paul : A Radical Jew. Paul and the Politics of Identity et Sparks of the Logos. Essays in Rabbinic Hermeneutics, qui apparaît comme une sorte de prolongement de Border Lines (titre original de l’essai qui nous préoccupe ici). Les recherches de Boyarin sont pourtant d’un intérêt majeur pour la recherche actuelle, en particulier celles concernant les origines du christianisme et son rapport au judaïsme antique.

J’ai eu l’occasion, dans le courant de mes recherches, de m’intéresser de très près aux recherches de Boyarin, notamment à celle concernant le Logos. Ainsi, j’ai découvert avant sa parution en français ce livre, que j’ai lu une première fois dans sa version anglaise, avant de le relire en français. La thèse de Boyarin concernant le rôle central qu’il accorde à la théologie du Logos dans la séparation du christianisme d’avec le judaïsme bouscule nombre de points de vue jusque là dominant. Selon lui, cette théologie n’apparaît pas comme une simple récupération chrétienne d’un concept juif (la figure de la Sagesse hypostasiée par exemple, thèse développée et étudiée depuis des décennies) mais bien comme l’un des points centraux de la « Querelle d’héritage » (pour reprendre le titre de l’ouvrage de François Vouga) entre juifs et chrétiens. Boyarin se place aux sources de cette théologie, montrant le binitarisme évident que cette théologie induit au sein du judaïsme. Binitarisme qui pousse certains rabbins, à l’aube de l’invention du judaïsme rabbinique et synagogal, à rejeter cette théologie, jugée hétérodoxe. De cet endroit, Boyarin postule pour une revendication de la figure hypostasiée du Logos de la part de certains juifs, comptant parmi eux les tous jeunes chrétiens. Ceux-ci, amalgamant cette figure à celle du Christ, vont récupérer à leur compte, et dans le but de développer leur propre théologie (théologie qui va évoluer, ici, vers une christologie) du Logos. Ceci va conduire à la rupture, les rabbis considérant cette théologie comme « minut », c’est-à-dire comme hérétique. Boyarin démontre que l’un des maîtres d’œuvre de cette récupération de la figure théologique du Logos fut Justin. Poursuivant sa démonstration, il opère un parallèle entre le Dialogue avec Tryphon de Justin et certains textes du Talmud et de la Mishnah, tendant à prouver la mise au ban des chrétiens pour cause d’hérésie des « Deux pouvoirs dans le ciel » (voir à ce sujet l’ouvrage de Alan F. Segal, Two Powers in Heaven. Early Rabbinic Reports About Christianity and Gnosticism, sur lequel Boyarin s’appuie principalement). Comme un pendant à la fameuse Birkat-ha-minim, la prière rabbinique de bénédiction des chrétiens destinés à les exclure, l’auteur montre qu’au centre de cette « excommunication » se trouve le « vol » de cette théologie. Ainsi, les chrétiens ont-ils récupérés à leur compte la théologie juive du Logos et les Juifs leur ont-ils cédés, mais en arrachant définitivement toutes racines communes entre les deux courants.

Dans la deuxième partie de l’ouvrage, faisant preuve de la même audace intellectuelle, Boyarin établit un parallèle étonnant entre la célèbre assemblée de Yavneh (sorte de concile rabbinique dont le but était d’instituer le tout nouveau judaïsme de forme rabbinique) et le non moins célèbre concile de Nicée des Chrétiens. Au cœur de ce dernier, on le sait, le débat mouvementé sur la nature du Christ. Pour le premier, un débat visant à circonscrire tout ce qui était jugé comme « minut », donc hérétique, par les sages rabbins. Et parmi les points évoqués, la théologie, devenue chrétienne, du Logos et le binitarisme (voir le trinitarisme, en ce qui concerne, là aussi, les chrétiens).

Si certains critiques jugent les thèses de Boyarin quelques peu « osées », voire pour certains, comme manquant d’appuis scripturaires fiables, il n’en demeure pas moins que ce livre est à recommandé sans hésitation. Si sa lecture n’en est pas toujours aisée, elle est cependant vivifiante intellectuellement parlant, et distille un vent de renouveau sur les études concernant les origines du christianisme au sujet desquelles le Pape Benoît XVI déclarait il y a encore peu de temps qu’elle « n’avait plus grand chose de nouveau à apporter ».

Alfred LOISY, Écrits évangéliques (Textes choisis et présentés par Charles Chauvin), Les Éditions du Cerf, coll. Textes en main, Paris, 2002. (240 p.)

27 février 2012

Pour toutes personnes s’intéressant de près ou de loin aux sciences religieuses, et plus particulièrement à l’exégèse chrétienne, le nom d’Alfred Loisy est tout sauf inconnu. Célèbre pour sa phrase : « Le Christ a annoncé le Royaume et c’est l’Église qui est venue », extrait de son « petite livre rouge », L’Évangile et l’Église, livre qui lui a valu l’excommunication et la mise à l’index d’une bonne partie de sa bibliographie. Bibliographie particulièrement abondante s’il en est. Cette petite phrase, mais surtout ses écrits qui, avec ceux de Marie-Joseph Lagrange, fondateur de l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem, ont ouvert la voie au renouveau de l’exégèse, non seulement française, mais mondiale et ont inauguré la fameuse « crise moderniste » qui a ébranlée l’Église catholique, et ce jusqu’au Concile Vatican II.  D’abord élève puis professeur d’hébreu à l’Institut Catholique de Paris, Loisy se trouve peu à peu écarté de l’enseignement au vu de ses prises de positions considérées comme un peu trop avant-gardistes. C’est donc par les établissements d’enseignements publiques qu’il va trouver un endroit où mener en toute sérénité ses recherches. L’École Pratique des Hautes Études dans un premier temps, puis le Collège de France leur ouvrent leurs portes.  Parmi son importante bibliographie, on trouve de très nombreux ouvrages dignes d’un intérêt certain, encore aujourd’hui. Même si les œuvres de Loisy ont pour certaines cent ans et plus et que la recherche a fortement évoluée depuis ce temps (notamment grâce à lui), elles présentent toutefois un éclairage fort original et reflète la pensée et l’innovation de ce bibliste hors-norme. C’est ainsi que ce petit ouvrage, publié au Cerf (pourtant maison d’édition catholique ; peut-être une sorte de repentir via la réhabilitation?) et compilé par Charles Chauvin se trouve être particulièrement réjouissant, à défaut de révolutionner nos connaissances actuelles sur les évangiles.  Il ne s’agit nullement ici d’un ouvrage original de Loisy (ne pas confondre donc avec un autre de ses livres, Études évangéliques, publié de son vivant, en 1902), ni d’un recueil regroupant ses études exégétiques les plus fameuses, mais d’une sélection opérée dans quatre ouvrages essentiels : Les Évangiles synoptiques (1907-1908, en 2 volumes), L’Évangile selon Marc (1912) et Le Quatrième Évangile (1903) Ces quatre livres représentent l’ensemble du travail exégétique néo-testamentaire de Loisy (à l’exception toutefois de son commentaire de L’Évangile selon Luc, publié en 1924) et, à ce titre, cet assemblage de textes offre un panorama précieux pour saisir la vision de Loisy vis à vis de la littérature évangélique (d’autant que ces ouvrages n’ont jamais été réimprimés).  La compilation de Charles Chauvin se présente de manière on ne peut plus classique : les évangiles sont commentés selon l’ordre canonique (Matthieu, Marc, Luc, Jean), alors que Loisy avait précisément choisit un angle beaucoup intéressant, en optant notamment pour un gigantesque commentaire croisé des synoptiques (plus de 1800 pages !) et en traitant indépendamment Marc et Luc et, bien sûr, Jean. Si l’on peut regretté quelque peu cette dénaturation de l’audace dont avait fait preuve Loisy dans sa démarche d’exégète, il est toutefois particulièrement passionnant de se plonger dans ses analyses, qui mêlent allègrement exégèse littéraire et historique, théologique et philologique. On semble réellement assister aux balbutiements de l’exégèse historico-critique. Ajoutons à cela que Loisy était un littérateur particulièrement doué et possédant un véritable raffinement stylistique. On songerait parfois à Renan, son contemporain. Ajoutons aussi que les traductions des extraits bibliques sont de Loisy. Ce qui présente un autre intérêt, non négligeable.  En conclusion, si ce recueil ne dispense nullement de la lecture des originaux (de même que de l’ensemble des ouvrages de Loisy, un penseur qui reste encore et toujours à découvrir) il en constitue du moins une très bonne entrée en matière. Soulignons également la passionnante introduction de Charles Chauvin, qui resitue parfaitement les enjeux et le contexte des ouvrages dont sont extrait les textes. De même l’annexe sur les Lettres du Nouveau Testament est, elle aussi, tout à fait passionnante.

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