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Alfred LOISY, Écrits évangéliques (Textes choisis et présentés par Charles Chauvin), Les Éditions du Cerf, coll. Textes en main, Paris, 2002. (240 p.)

Pour toutes personnes s’intéressant de près ou de loin aux sciences religieuses, et plus particulièrement à l’exégèse chrétienne, le nom d’Alfred Loisy est tout sauf inconnu. Célèbre pour sa phrase : « Le Christ a annoncé le Royaume et c’est l’Église qui est venue », extrait de son « petite livre rouge », L’Évangile et l’Église, livre qui lui a valu l’excommunication et la mise à l’index d’une bonne partie de sa bibliographie. Bibliographie particulièrement abondante s’il en est. Cette petite phrase, mais surtout ses écrits qui, avec ceux de Marie-Joseph Lagrange, fondateur de l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem, ont ouvert la voie au renouveau de l’exégèse, non seulement française, mais mondiale et ont inauguré la fameuse « crise moderniste » qui a ébranlée l’Église catholique, et ce jusqu’au Concile Vatican II.  D’abord élève puis professeur d’hébreu à l’Institut Catholique de Paris, Loisy se trouve peu à peu écarté de l’enseignement au vu de ses prises de positions considérées comme un peu trop avant-gardistes. C’est donc par les établissements d’enseignements publiques qu’il va trouver un endroit où mener en toute sérénité ses recherches. L’École Pratique des Hautes Études dans un premier temps, puis le Collège de France leur ouvrent leurs portes.  Parmi son importante bibliographie, on trouve de très nombreux ouvrages dignes d’un intérêt certain, encore aujourd’hui. Même si les œuvres de Loisy ont pour certaines cent ans et plus et que la recherche a fortement évoluée depuis ce temps (notamment grâce à lui), elles présentent toutefois un éclairage fort original et reflète la pensée et l’innovation de ce bibliste hors-norme. C’est ainsi que ce petit ouvrage, publié au Cerf (pourtant maison d’édition catholique ; peut-être une sorte de repentir via la réhabilitation?) et compilé par Charles Chauvin se trouve être particulièrement réjouissant, à défaut de révolutionner nos connaissances actuelles sur les évangiles.  Il ne s’agit nullement ici d’un ouvrage original de Loisy (ne pas confondre donc avec un autre de ses livres, Études évangéliques, publié de son vivant, en 1902), ni d’un recueil regroupant ses études exégétiques les plus fameuses, mais d’une sélection opérée dans quatre ouvrages essentiels : Les Évangiles synoptiques (1907-1908, en 2 volumes), L’Évangile selon Marc (1912) et Le Quatrième Évangile (1903) Ces quatre livres représentent l’ensemble du travail exégétique néo-testamentaire de Loisy (à l’exception toutefois de son commentaire de L’Évangile selon Luc, publié en 1924) et, à ce titre, cet assemblage de textes offre un panorama précieux pour saisir la vision de Loisy vis à vis de la littérature évangélique (d’autant que ces ouvrages n’ont jamais été réimprimés).  La compilation de Charles Chauvin se présente de manière on ne peut plus classique : les évangiles sont commentés selon l’ordre canonique (Matthieu, Marc, Luc, Jean), alors que Loisy avait précisément choisit un angle beaucoup intéressant, en optant notamment pour un gigantesque commentaire croisé des synoptiques (plus de 1800 pages !) et en traitant indépendamment Marc et Luc et, bien sûr, Jean. Si l’on peut regretté quelque peu cette dénaturation de l’audace dont avait fait preuve Loisy dans sa démarche d’exégète, il est toutefois particulièrement passionnant de se plonger dans ses analyses, qui mêlent allègrement exégèse littéraire et historique, théologique et philologique. On semble réellement assister aux balbutiements de l’exégèse historico-critique. Ajoutons à cela que Loisy était un littérateur particulièrement doué et possédant un véritable raffinement stylistique. On songerait parfois à Renan, son contemporain. Ajoutons aussi que les traductions des extraits bibliques sont de Loisy. Ce qui présente un autre intérêt, non négligeable.  En conclusion, si ce recueil ne dispense nullement de la lecture des originaux (de même que de l’ensemble des ouvrages de Loisy, un penseur qui reste encore et toujours à découvrir) il en constitue du moins une très bonne entrée en matière. Soulignons également la passionnante introduction de Charles Chauvin, qui resitue parfaitement les enjeux et le contexte des ouvrages dont sont extrait les textes. De même l’annexe sur les Lettres du Nouveau Testament est, elle aussi, tout à fait passionnante.

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